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Journée de formation. « Renaturation des cours d'eau et enjeux humains » - Samedi 27 septembre, Parcey

19 personnes étaient présentes lors de cette journée.

Introduction de Jean-Pierre HEROLD (biologiste, vice-président de l’association Loue Vive)

L’association est moribonde. La cause ? Une rivière Loue en mauvais état.

L’abaissement du niveau d’eau, générée en partie par l’exploitation des gravières, cause une érosion régressive et un enfoncement du lit. Les mortes s’assèchent et le nombre de froidières (sources d’eaux froides rafraîchissant l’eau superficielle) diminuent.

Ainsi, un glissement du peuplement piscicole s’opère inexorablement des salmonidés vers les cyprinidés (hotu, chevesne).

Selon la CIPEL (Commission de protection des eaux du Léman), la renaturation touche à la fois les compartiments physiques et chimiques d’un cours d’eau.

Pour renaturer un cours d’eau, il faut parvenir à mesurer son intérêt sociologique par rapport à l’intérêt de l’avoir domestiqué. La prévention des crues est sans doute l’un des principaux aspects à étudier. Les Plans de Prévention du Risque Inondation (PPRI) existent localement pour construire cet argumentaire.

La question des coûts/bénéfices est aussi à discuter. Coût d’endiguement et coût de renaturation et gains vis à vis des coûts indirects (traitement de l’eau et potabilité, gestion des inondations et prévention des dégâts, gains générés par la pêche de loisirs, etc.).

Aujourd’hui, « Courbet sauve la Loue », le désastre économique d’une rivière vide de ses poissons et de ses hôtels vides de ses pêcheurs a été compensé par le tourisme artistique.

Rappelons le contexte particulier de la Franche-Comté qui a été l’œuvre d’une domestication forte de ses cours d’eau menée par Edgar Faure.

Quel consensus trouver pour une renaturation à la fois écologique et humaine ?

La mise en marche vers une nouvelle considération de nos cours d’eau date déjà de 1992 et de la Loi sur l’eau avec la création des Agences de l’eau, des SDAGE et des SAGE, des syndicats mixte de gestion des cours d’eau, etc.

La Directive européenne Cadre sur l’Eau (DCE, 2015-2027) désigne un bon état écologique des cours d’eau après un certain délai. Mais de quel bon état écologique parle-t-on ?

Concernant les espèces indicatrices, ne parle-ton seulement que de présence qualitative ? L’exemple de la grande perle est éloquent, puisque si l’espèce est toujours présente, ses effectifs ont été diminués par 1000 ! Mais il en reste toujours pour satisfaire les critères de la DCE.

Quand passons-nous de la gestion de robinet à la gestion d’un écosystème plein et vivant (Monique Coulet) ? La question est malheureusement encore d’actualité.

La France ne manque pas d’outils de gestion, de dispositifs et d’opérateurs… Mais pour quelle utilité ?

Les pistes : des médiateurs, des humains, capables d’expliquer localement l’intérêt les enjeux :

Références glissantes, perte de mémoire collective. La connaissance écologique est restreinte, les préoccupations sont majeures. La « mode » est à la restauration des cours d’eau après celui de leur « assainissement » Etc.

Les syndicat d’assainissement agricoles avaient d’autres préoccupations, une autre manière d’aménager. La volonté locale pour les plus importantes décisions était le fait d’une partie de la population (monde agricole). Cultiver en zone inondable ? Une aberration ? Une perte d’intérêt général. Aspect sanitaire : eau "potable" à terme de plus en plus dégradée.

Intervention de Jean-Noël Resche (Syndicat mixte des Milieux aquatiques du Haut-Doubs) pour une présentation des actions réalisées sur le Haut Doubs et sur la rivière du Drugeon.

Les travaux réalisés sur 15 ans ont un coût à 4 millions € un peu plus élevé que la rectification antérieure du cours d’eau. Une rivière de faible pente de type à méandres et peu mobile ou chaque modification aura un impact sur son fonctionnement. La renaturation s’étend sur 80 % de parcelles privées. Pas de concertation puisque Déclaration d’Utilité Publique

  • Facilité et difficultés rencontrées :
  • Zone inondable : usage agricole pour une production de litière (pour élevage), aujourd’hui disparue.
  • Gros travaux historiques impulsés par un grand élu local (Pas de demande des communes locales, plutôt réticentes pour tout autre grand travaux.) pour un gain annoncé de 2000 ha pour l’augmentation des cultures ; au final un gain de 200 ha.
  • L’échec des opérations de réhabilitation a facilité l’émergence des projets de renaturation.
  • L’érosion et donc l’incision en contexte karstique a augmenté le phénomène des pertes et donc l’augmentation des étiages en été comme en hiver

Une renaturation ne peut se faire à l’identique au vu de l’évolution du territoire entre ces deux opérations d’ampleur (l’urbanisation, parfois en zone inondable, demande une baisse des ambitions).

Trois scénarios s’offrent à nous selon les degrés de contraintes du contexte, des ambitions affichées et en pesant le risque d’échec (moins fort pour la renaturation) :

  • la renaturation : redonne l’intégrité entière avec un retour à une fonctionnalité presque originelle à un cours d’eau,
  • le reméandrage : demande des compromis (cas de l’implantation entre temps de nouvelles habitations car leur démolition est socialement difficile voire impossible),
  • la diversification (du lit) pour améliorer sa capacité d’accueil.

Quelques freins : refus de certains propriétaires, d’agriculteurs (même pâtures) et d’usagers (cas d’opposition à la destruction de quelques fritillaires pintades, espèce d’intérêt patrimonial, pour des travaux qui en favoriseraient à terme des milliers d’autres) : La perception des usagers, même celles des amateurs de nature est faussée face aux grands travaux, malgré toute l’information donnée. Capacité de résilience des cours d’eau si on leur redonne toute leur fonctionnalité (mais certaines espèces ne reviennent pas malgré tout du fait de la présence des micropolluants persistants).

L’inondation/la crue est primordiale pour le cours d’eau comme pour les hommes (eau potable provenant de la nappe, dépollution, etc…)

La PAC empêche d’exercer ces travaux en zone céréalière.

Le Haut-Doubs dont le Drugeon est un site privilégié du fait du LIFE et du financement à 100%

Avant 2000 : pas d’assainissement

Bilans :

  • Scientifique : contrasté liée à la qualité d’eau parfois en bruit de fond ( = micropolluants),
  • Social : l’appropriation n’est pas franche mais contrastée = bouleversement des pratiques, des usages Aujourd’hui, sur le territoire, existe une politique d’acquisition foncière permettant la poursuite de la réalisation de travaux après une expérience de 10-12 ans.

La sensibilisation et l’implication de la population locale devrait être faite dans tous les compartiments environnementaux (écologie, éco-consommation, loisirs, etc.)

L’agriculture doit évoluer, notamment la filière Comté, puisque la qualité va avec celle des milieux naturels

Nicolas Dubau bureau d’étude (Artelia T& A)

L’acceptation du projet est la plus grande difficulté, supérieure aux limites techniques et financières

Le montage : coût / bénéfice et priorisation des objectifs ( nature des gains, sociétaires, les services rendus, économie réalisée) très difficile à une échelle territoriale réduite

Le Lange 01 : Oyonnax-Nantua Logique d’opportunité mais avec une pertinence écologique, scientifique faible

La Meline 70 Projet échoué : problématique agricole et foncier, manque d’intégration du projet dans le tissu local

Le Bâtard 70 : en cours de finalisation, appropriation agricole permis par quelques consensus

La Seine 21 : grosse concertation notamment avec le syndicat agricole ayant « égoutté » le site, contexte de forte incision. Enjeu piscicole mais les enchères ont monté et le projet a capoté

L’Ain 01 : St Maurice de Gourdans Reconnexion d’un bras secondaire, porte d’entrée : protection de biens et non écologique

Gains contre contraintes :

  • Les gains sont moins entendus que les contraintes agricoles et foncières ( coût, etc…)
  • Le seul financement est insuffisant
  • Manque d’outils et d’accompagnement des maîtres d’ouvrages La règle :

  • Logique d’opportunité
  • L’animation
  • La maturité
  • Les partenariats

Retranscription des échanges entre participants après la visite de quelques sites sur le Doubs et la Loue :

  • l’acceptation locale, programme de sensibilisation, d’information

  • non acceptation du changement mais l’espace est assez grand pour retrouver des lieux d’usages pérennes

  • Il faut que les gens y trouvent leurs intérêts vis à vis de la situation existante

  • Faire tomber les craintes du grand public comme celles des élus

  • Comment susciter l’intérêt ? ( ex : Drugeon )

  • Les gains, le risque d’inondation, pas d’effet

  • La grande crainte locale : l’inondation

  • L’espace de temps ; la génération qui a vécu l’aménagement est encore en place (élus etc…). Des petites expérimentations servant d’exemples peuvent aider.

  • Vis à vis du public, il vit mal l’investissement écologique par rapport aux enjeux économiques et sociaux

  • Les gens sont très terre à terre, faire appel aux anciens pour créer le débat. Des gens charismatiques peuvent porter le sujet

  • Le long terme est difficile à faire intégrer

  • Les gains pour faire bouger les lignes

  • La quête du réensauvagement «  les arbres morts de la RNN, réunion publique, les peupliers c’est la biodiversité

  • Les irréductibles le resteront

  • Compter sur les élus est une erreur, aller voter dans la société civile, dans la population

  • Comment toucher le grand public ?

  • Il faut s’organiser vis à vis du projet et de l’information du grand public

  • Il faut le vendre comme tout produit

  • Il n’y a pas de contrainte agricole, quelles sont les craintes ? Alors ????

  • Je compte sur la biodiversité (laisser faire) et les besoins des personnes comptent.

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