Retour - LES EAUX PLUVIALES-Pourquoi et comment les gérer ?

/ eau, climat

OURNEE D'ECHANGES

vendredi 2 décembre

Espace du Chanois

30, Place du Chanois

39570 PERRIGNY

La gestion des eaux pluviales en contexte urbain et périurbain est aujourd'hui devenue un enjeu incontournable. Pour diminuer le risque inondation, les pollutions des milieux aquatiques et des nappes souterraines et les investissements publics liés aux coûts d'assainissement, des solutions et des dispositifs existent, tant pour les extensions d'urbanisation que pour les opérations de reconstruction de la ville sur elle-même. Repenser la question de la place de l'eau de pluie en ville, comme celle (re)donnée à la nature, où que l'on soit et pour quelque projet que ce soit est désormais primordial.

JNE et la communauté d'agglomération de Lons (ECLA) vous invitent à une journée concrète de formation sur le sujet vendredi 2 décembre à Perrigny, pour répondre à vos interrogations, que vous soyez élu local ou simple citoyen, technicien ou bénévole, professionnel ou simple curieux !

Cette formation a réuni 26 personnes dont de nombreux élus locaux et techniciens de collectivités (8 communes et deux intercommunalités).

Pourquoi faut-il gérer les eaux de pluies ?

Pourquoi faut-il gérer les eaux de pluie tombant dans nos villes, villages et sur nos infrastructures (routes, zones d'activités, parkings, etc.) ?

  • Pour préserver l'homme et sa "cité" des méfaits de l'eau (inondations, destructions, etc.), limiter les dysfonctionnements dans les réseaux unitaires (= eaux usées et eaux pluviales dans un même tuyau) et dans les stations de traitement des eaux usées (STEU ; et non station d'épuration -STEP- : on est loin d’épurer l’eau dans les stations !!!). Les eaux de pluie collectées diluent les eaux usées, et réduisent l'efficacité des systèmes de traitement. Un trop fort afflux d'eaux parasites peut imposer un rejet direct sans traitement aux cours d'eau de toutes les eaux collectées par les réseaux par des déversoirs d'orage).

A noter que les infrastructures de collecte et gestion coûtent chers à la collectivité, à la création comme à l'entretien. Elles sont généralement financées par notre facture d'eau potable.

  • Pour préserver les milieux aquatiques, l'environnement naturel = limiter la pollution des cours d'eau, respecter la vie, le fonctionnement vital des cours d'eau, de l'hydrosystème, aujourd'hui en très mauvais état physique.

Comment gérer toutes ces eaux ?

  • La gestion pour l'homme

La gestion des eaux pluviales est différente selon leur provenance (voiries, toitures, parkings, etc.), le contexte (réseau unitaire ou non, topographie des lieux, densité d'urbanisation : rural, périurbain ou urbain) et donc leur qualité (eaux pluviales fortement ou faiblement polluées) et leur quantité :

=> Généralement (milieu rural ou périurbain, certains quartiers urbains), les eaux de ruissellement sont collectées par des buses et rejetées au milieu naturel sans aucun traitement. Les eaux usées utilisent aussi parfois le même réseau, à la campagne comme en pleine ville !

Les premières eaux de ruissellement après une longue période sans précipitations sont les plus polluées et donc les plus polluantes (= lessivage des surfaces chargées en particules fines et autres micro-polluants volatiles). Elles sont à collecter et traiter en priorité. C'est par exemple la politique actuelle du Grand Lyon Métropole.

=> En contexte urbain et sur les routes départementales et autoroutes : stockage pour traitement (décantation des eaux polluées, etc.) puis rejet au milieu naturel (fossés, cours d'eau) avec débit de fuite.

Un premier constat : c'est une sacrée course en avant ! On cherche à stocker l'eau, à la ralentir (dans des bassins, des installations dédiées...) pour la gérer de la façon la « moins pire ».. dans un contexte global d'urbanisation où, au contraire, nous la collectons, la concentrons et l'accélérons dans des tuyaux !

De plus, le traitement des eaux lessivant les routes et les parkings est une gageure ; les décanteurs et déshuileurs fonctionnent... s'ils sont entretenus très régulièrement et en dehors des grands épisodes pluvieux. Leur efficacité est donc réellement à revoir.

=> Gérer par de la tuyauterie et des grands bassins de stockage n'est pas la solution !

  • La gestion pour la "nature"

Tout territoire urbanisé appartient à un bassin versant au fonctionnement hydrologique qui lui est propre. Celui-ci évolue dans le temps et est plus ou moins perturbée par une urbanisation parfois ancienne, souvent plus récente et liée à l'expansion urbanistique d'après-guerre.

=> En théorie (= dans un espace naturel non modifié par l'homme), l'eau de pluie ruisselle à la surface, s'infiltre dans le sol ou dans le sous-sol (une partie non négligeable retourne dans l'atmosphère par évapotranspiration des végétaux). Elle rejoint ensuite les sources et résurgences (parfois déjà importantes en contexte karstique jurassien) ou alimente le réseau des milieux humides (ces derniers stockent et épurent l'eau avant restitution aux cours d'eau). Une majorité de l'eau de pluie alimente les nappes souterraines d'accompagnement des cours d'eau. Celles-ci jouent un rôle capital pour les rivières, les soutenant en leur restituant une eau de qualité et fraîche durant les périodes de basses eaux.

=> En contexte urbanisé (où que l'on soit : urbain, périurbain et rural), le cycle de l'eau est très différent : l'eau ne s'infiltre plus ou peu dans le sol du fait des surfaces imperméabilisées. Elle est collectée dans des buses qui restituent l'eau très (trop !) rapidement au milieu naturel. Cette eau est dégradée en qualité et quantité, qu'il faut par conséquent gérer pour évacuer au mieux et/ou éviter le pire.

Dans ces secteurs urbanisés, se maintient encore un réseau hydrographique qui demande à être respecté et ce malgré son fonctionnement hydrologique qui a fortement été remanié, transformé, altéré et qui a perdu de sa diversité faunistique et floristique, de sa biomasse originelle.

Un second constat : La principale différence entre ces deux situations est que dans la première l'eau passe par le sol, dans la seconde l'eau est rapidement et directement (é)conduite(?) dans les cours d'eau.

L'eau arrive alors dégradée, par "à coup", au rythme des pluies. La rivière perd de sa qualité, se réchauffe et prend un régime quasi-torrentiel (= alternance de fortes crues et de forts étiages), phénomène accentué par le yoyo climatique du dérèglement éponyme. La nappe n'est plus que l'ombre d'elle-même, ne se recharge pas et ne peut soutenir une qualité d'eau et un niveau d'eau satisfaisants dans le cours d'eau...

Nos cours d'eau seraient-ils devenus des canalisations à ciel ouvert ?

=> La gestion de l'eau en zones urbanisées doit être revue.

Elle doit être améliorée par le respect de la réglementation puis par son évolution passant par une (r)évolution des mentalités. La culture de la gestion "par des tuyaux et des bassins" doit laisser une place à d'autres manières de faire. La volonté politique est alors primordiale, sur un sujet peu rassembleur d'un point de vue électoral.

 Le point de vue de JNE : « Vers une réhabilitation naturel »

Le retour (pour les zones déjà urbanisées) ou le maintien (pour les zones à urbaniser) de la "nature" en ville. Redonner une place aux cours d'eau, aux fossés, aux arbres, aux espaces verts, aux terrains vagues, à l'herbe spontanée. Ne pas les oublier, ne pas les soustraire, ne pas les dévaloriser.

Exemple : remettre l'eau (les ruisseaux comme les fossés) à ciel ouvert et, s'ils sont encore à l'air libre, ne pas les enterrer ! Car pour le dire autrement : "la buse enterrée, c'est la mort, le fossé végétalisé, c'est la vie !"

Le dogme de "vouloir faire propre" est la pire des motivations, l'ennemi du bien car il exige l'aseptisation par l'imperméabilisation, l'annihilation du vivant.

D'un point de vue comptable, l'aménagement drastique par busage et imperméabilisation... exige de forts investissements en permettant de réduire durablement les coûts d'entretien, d'étendre la ville, de construire des routes sur des cours d'eau... mais entraîne des dysfonctionnements notoires aux effets davantage dévastateurs, qu'il nous faut aujourd'hui collectivement combattre.

 Quelques solutions…

 Il faut à nouveau laisser l'eau s'infiltrer dans le sol !

A l'idéal, la lente infiltration de l'eau dans le sol permet aux matériaux qui le constituent, aux bactéries et autres micro-organismes de retenir et de traiter l'eau. Pour cela, pour les zones non ou faiblement urbanisées, le sol doit être préservé (humus, complexe argilo-humique, végétation, etc.) pour être capable de jouer pleinement ce rôle (= plus il sera en bon état, plus ses capacités de stockage et de traitement seront efficaces). L'imperméabilisation et les terrassements des parcelles urbanisées devront se limiter alors au strict minimum : respect du sol, respect de la végétation, respect des processus d'infiltration.

Dans les zones les plus urbanisées, ces surfaces de sol préservé sont quasi-inexistantes. Elles pourront être remplacées par des surfaces de sol désimperméabilisées et des systèmes de noues filtrantes.

La place des espaces verts et les arbres

Ils sont vus généralement comme une source d'agrément… ou de contraintes pour les collectivités gestionnaires (entretien des pelouses, ramassage des feuilles mortes...). Leurs rôles sont pourtant primordiaux !

Le réseau d'espaces verts – si leurs sols ne sont pas trop tassés par leur aménagement - permet l'infiltration de l'eau de pluie qui tombe sur leur surface. Les arbres et les végétations buissonnantes ralentissent la chute de l'eau, et en conduisent une partie par ruissellement jusqu'à leur pied où elle peut s'infiltrer. Ils en évapotranspirent également une bonne partie.

Le rôle des espaces verts dans l'infiltration des eaux en ville et les villages peut être augmenté en permettant d'infiltrer des eaux en provenance de surfaces imperméabilisées voisines ! Pour cela : luttons contre les margelles béton ! Faisons des espaces verts en creux et non en dôme ! Les espaces verts peuvent récupérer l'eau par simple ruissellement et ou récupération (partielle ou pleine) de l'eau des gouttières. Plus d'espaces pour les arbres !

L'espace vital des arbres est bien trop souvent calibré, étriqué, ne leur laissant que peu les possibilités de se développer durablement. Considérés comme du vulgaire mobilier urbain, ils sont enlevés pour bitumer, non remplacés quand ils sont morts... Les remplacer systématiquement par des essences adaptées au contexte !) est primordiale.

Par extension, reconsidérer l'arbre dans les villes et les villages, dans les zones d'activités, agrandir les surfaces d'infiltration aux abords des arbres (transformés en espaces verts, terre battue, terrains vagues ou zones de stationnement filtrantes) est à préconiser.

La récupération de l'eau de pluie pour les arrosages (dans des cuves et bacs de récupération, des puits enterrés...) pour alimenter des aménagements paysagers dédiés (= réservoir paysager, bassins d'agrément dont le trop plein retournerait au réseau d'évacuation standard) est aussi une possibilité.

Et la désimperméabilisation ?

Ne plus entretenir certaines zones imperméabilisées peut aussi être intéressante car selon les usages, cela peut être une action acceptée et rentable pour une collectivité. Désimperméabiliser est aussi une belle perspective même si encore expérimentale (exemple de l'ancienne aire d'accueil des gens du voyage du Solvan à Lons, en cours d’étude – partenariat JNE-ECLA).

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