Retour sur la Rencontre de l'agroécologie

Les conditions du maintien d'une agriculture d'élevage en zones humides

Cette rencontre qui s'est déroulée le 21 octobre 2014 à Noroy-le-Bourg a rassemblé 24 participants de structures diverses (CEN FC, EPTB, FNE FC, agriculteurs, Chambre d'agriculture de Haute-Saône, etc). Elle a démarrée sur le terrain avec la visite d'une parcelle en prairie inondable, typique de la vallée de l'Ognon, en présence de l'agriculteur.

La rencontre s'est poursuivie par une intervention de Sylvain Plantureux*, agronome spécialisé en environnement, venu nous parler de système d'élevage et de biodiversité. Il nous a expliqué en quoi la biodiversité fait partie des conditions du maintien d'une agriculture d'élevage.

*Prof. Sylvain PLANTUREUX - Directeur adjoint -UMR Université de Lorraine - INRA Agronomie et Environnement Nancy-Colmar - ENSAIA Sylvain.Plantureux@univ-lorraine.fr

Voici un extrait de son intervention.

4 millions d'hectares de prairies perdus depuis les années 70 ce qui représente 300 terrains de foot par jour. L'agro-écologie est un mouvement pour essayer de sortir des conflits entre naturalistes et agriculteurs et concilier le système agricole et la biodiversité.

Depuis un certain temps, il y a une reconnaissance de l'agriculteur et de son rôle de maintien de la biodiversité (MAE). Plus récemment et apportée par l'agro-écologie, on reconnaît que la biodiversité peut-être une ressource pour l'agriculture. L'enjeu de l'agro-écologie est de penser une nouvelle agronomie, une nouvelle façon de produire qui intègre cette biodiversité. En élevage, la biodiversité peut-être à tous les étages (de la parcelle à tout le système). Pour certains agriculteurs, prendre en compte la biodiversité, c'est un retour en arrière, c'est revenir aux pratiques des grands-parents - on ne va pas revenir à la traction animale et faire les foins à la main.

L'élevage réduit-elle la biodiversité ? L'élevage va réduire la biodiversité lorsqu'il va intensifier fortement les chargements, les intrans. Pas uniquement les engrais mais aussi les concentrés (consommation d'azote). Les traitements phytosanitaires, vétérinaires (parasitaires), toutes les formes d'intrans : impact sur la diversité végétale et animale et les cours d'eau.

Dans quelle mesure les vaches augmentent la biodiversité ? Par le biais de

  • la conservation des races
  • la diversité génétique des races
  • l'ouverture des espaces
  • la diversifier les usages des surfaces agricoles (mieux vaut des territoires diversifiés - forêt, prairies, haies, etc) / exemple du vanneau huppé : présence liée à des conditions de pâturage précises.

Comment rendre la biodiversité sexy pour l'élevage ? Donc intéressante pour l'élevage ? Il faut considérer d'autres critères de performance et se poser des questions sur :

  • les économies d'intrans qui jouent sur les marges brutes
  • la résistance aux aléas économiques et climatiques
  • la diversification des revenus, des productions, en agro-tourisme
  • la qualité des produits
  • la performance agronomique de l'ensemble de l'exploitation
  • la performance environnementale

Il faut imaginer une nouvelle forme d'agriculture : des modes de production, de la commercialisation, des filières. Il s'agit d'associer des solutions nouvelles et communes, de développer les innovations technique, sociale et économique, d'aborder la problématique de la santé animale et humaine (Résultat d'une étude de l'ANSES sur les élevages de volailles : la diversité limite le développement de maladies et leur transmission).

Conclusion

L'agroécologie s'applique pleinement à l'élevage. Elle doit s'appuyer sur la croissance de la biodiversité de ces systèmes. La justification de l'agroécologie c'est proposer des systèmes de production durable avec des compromis entre une production raisonnable et une pérennisation des systèmes.

Il y a un besoin d'une évolution de la façon de penser l'agriculture. Concernant les systèmes d'élevage et la biodiversité : on a gagné en terme de performance économique, agronomique, zootechnique et environnementale. Il faut réfléchir de la parcelle jusqu'à la filière. L'innovation vient aussi par les éleveurs : beaucoup d'innovations sont venus des éleveurs en terme agroécologique. Notons également le rôle du développement et de la recherche et enfin l'importance de l'intérêt économique de la biodiversité.

La journée s'est poursuivie avec la présentation du projet de CASDAR et du PAEC par la Chambre d'agriculture de Haute-Saône et un agriculteur du groupe PAEC.

En soirée, une 50aine de personnes se sont mobilisées pour la soirée-débat suite à la diffusion du film documentaire Herbe.

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